L’animal et le respect
Dans nos sociétés humaines, la notion de respect est fondamentale. Nous devons respecter les lois et les autres personnes. Nous tentons aussi de respecter les autres espèces vivantes. Ainsi, en échange de la joie et du réconfort que nous procurent nos animaux de compagnie, nous comblons leurs besoins de bases. Plus encore, nous leur devons sécurité, bien-être et respect.
Mais ces derniers se respectent ils entre eux? Et nous respectent ils nous? Ont-ils les outils pour comprendre cette notion telle que nous la comprenons? Rien n’est moins certain…
Mais qu'est-ce que le respect?
Pour répondre à ces questions, il faut définir le concept de respect :
“S. m. (Société civile) le respect est l’aveu de la supériorité de quelqu’un : si la supériorité du rang suivait toujours celle du mérite, ou qu’on n’eût pas prescrit des marques extérieures de respect, son objet serait personnel, comme celui de l’estime, et il a dû l’être originairement de quelque nature qu’ait été le mérite de mode.”
Appliquons cette définition aux animaux non humains. Quels comportements seraient considérés comme des signes de respect chez les chiens? Peut-on dire que se sentir les fesses lors d’une rencontre, faire des appels au jeu, détourner le regard face à un chien menaçant, se coucher sur le dos à l’approche d’un autre chien et céder sa place à un chien qui la veut sont des signes de respect?
En réalité, ces comportements ne seraient ils pas plutôt reliés à des réactions innées et à des apprentissages? Lorsque deux chiens se rencontrent, ils sont “instinctivement” portés à aller se sentir les fesses. Il s’agit d’un comportement encodé génétiquement, mais il peut également être modifié suite aux apprentissages de l’animal. Par contre, le chien n’a pas décidé de respecter cet autre chien en allant poliment lui inspecter le derrière; il ne se demande même pas ce que l’autre pense de cette approche. Si un chien n’a pas ce reflex ou cet apprentissage, et décide plutôt d’aborder l’autre chien directement de face, cela peut potentiellement mener à une altercation. Le premier chien n’avait tout de même pas l’intention de manquer de respect au second, il n’avait tout simplement pas le comportement inné ou l’apprentissage nécessaire pour agir différemment.
À aucun moment dans cette rencontre, un chien ne démontre du respect l’un envers l’autre. Dans ce type de situation, les animaux agissent simplement selon leurs comportements innés et en fonction de leur apprentissage.
Minet et mistigri
Lorsque Minet est couché au sommet de son arbre à chat et que Mistigri y grimpe et l’en déloge à coups de patte, est-ce que ce dernier manque de respect envers Minet? Et lorsque Minet revient vers l’arbre à chat et n’ose pas s’y aventurer parce que Mistigri y trône déjà, peut-on considérer ce comportement comme une forme de respect?
Cette situation se produit fréquemment quand deux ou plusieurs chats cohabitent. Le premier réflexe, pour bien des humains, est de penser que Mistigri impose son autorité à Minet qui doit le respecter. Mais, en réalité, Mistigri veut simplement aller au sommet de l’arbre à chat et, pour ce faire, doit déloger Minet parce qu’il n’y a pas de place pour deux. Au fil du temps, Minet n’apprendra pas à respecter Mistigri, ni à accepter son autorité. Il apprendra cependant que s’il s’approche, il risque de recevoir quelques coups de patte!
La notion de respect chez les animaux non humain n’existe pas...
Les comportements que l’on pourrait juger comme étant des signes de respect, ne sont que des comportements innés, ou acquis en fonction des expériences vécues par l’animal. Ces apprentissages varient en fonction des conséquences directes aux comportements exprimés. Cela dit, les chiens et les chats n’apprennent pas des règles sociales établies et complexes, comme les humains le font. Du moins, c’est ce que la science suggère actuellement.
Chef de meute
Vous aurez deviné que si le respect est une notion trop abstraite pour être appliquée par les chiens et les chats, le respect interspécifique, notamment entre l’humain et l’animal, est encore plus improbable. Nous pouvons respecter nos animaux, mais il n’y a aucune réciprocité.
“Mon chien doit me respecter, il sait qu’il n’a pas le droit de me grogner après si je tente de lui retirer son os. Un NON! ferme suffit à le remettre à sa place et à lui faire comprendre que c’est moi le chef ici !”
“Mon chat sait qu’il n’a pas le droit de monter sur la table. Chaque fois que je le vois sur la table et que je lui crie de descendre, il part se cacher en courant! Il me respecte, car il a peur de moi!”
Ces exemples semblent insignifiants, mais sont en fait très importants parce qu’ils reflètent malheureusement ce que plusieurs gens pensent, c’est-à-dire que leur animal de compagnie doit avoir peur d’eux et, par conséquent, respecter leur autorité. Avec tous les mythes qui circulent sur les notions de dominance, de hiérarchie et de «chef de meute», le respect, pour beaucoup, signifie de se faire obéir par son animal en lui faisant peur. Il faudrait ainsi être autoritaire et strict avec son animal pour qu’il nous respecte et obéisse à nos ordres. Or, le seul résultat que cette approche engendre est une relation basée sur la peur et l’anxiété. L’animal apprend qu’il doit écouter son tuteur, sinon il est réprimandé verbalement ou physiquement.
La notion de respect signifie qu’il y a des règles à suivre et elle oblige à comprendre ce qui est bien ou mal et à différencier ce qu’on a le droit de faire ou non. Or, l’animal ne peut raisonner ainsi (ou comprendre cela) en établissant des droits et des règles. Il doit expérimenter pour découvrir les conséquences que ses comportements peuvent engendrer. Il peut apprendre que, s’il mange une chaussette, il risque d’être réprimandé, donc il ne reproduira plus ce comportement par peur de la possible réprimande. L’animal n’a pas une liste de règles à respecter dans sa tête; ce n’est pas la règle en soi qu’il respecte, mais la peur de la conséquence qu’il redoute parce qu’il l’a déjà subie.
Les humains doivent respecter les lois au risque d’être sanctionnés, mais ils n’ont pas besoin de les enfreindre pour apprendre quelles en sont les conséquences. Notre capacité à pouvoir les respecter vient de notre faculté à extrapoler les conséquences qui peuvent résulter si nous les enfreignons, et de notre habileté à y appliquer un respect moral et éthique de bien et de mal.
Le bien versus le mal
Pour agir avec respect, il faudrait que l’animal soit d’abord en mesure de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal. En tant qu’humains, nous avons conscience de cette notion abstraite, bien qu’elle soit propre à chacun, mais elle n’existe pas chez les animaux. Un chat qui monte sur la table ne sait pas que c’est mal, mais il peut s’enfuir en courant par peur de la conséquence potentielle.
Plusieurs raisons peuvent pousser un animal à produire un comportement, mais le respect et son contraire n’en font pas partie. Il ne faut donc pas intervenir auprès d’un animal en ayant en tête qu’il doit nous respecter ou qu’il agit par manque de respect envers nous. C’est une notion strictement humaine, abstraite et inutile chez les animaux.
Quoiqu’il en soit, les animaux n’ont pas besoin de nous respecter pour nous apporter du bonheur. Ils ne sont jamais mal intentionnés envers les humains et ne cherchent qu’à être heureux eux-mêmes. Ne pas les doter de la notion de respect n’implique pas de les rabaisser. Il s’agit justement de les accepter tels qu’ils sont.
Ironiquement, l’espèce humaine, dotée d’une capacité de conceptualisation et d’extrapolation complexe, a la notion de respect, et est par le fait même l’espèce qui est doté du plus grand manque de respect.
« Nous devons respecter les animaux, même s’ils ne nous respecterons jamais en retour. »

