Comment rendre un chien agressif?

L’agressivité chez les animaux peut prendre plusieurs formes, et peut être causée par plusieurs facteurs. Afin de prévenir les risques d’agressivité, il est primordial de comprendre ce qui peut causer l’agression, comment identifier les signes de possibles agressions, comment prévenir les agressions, et comment intervenir en cas d’agressions.

L'agressivité, un mal nécessaire?

L’agressivité est un état émotionnel dans lequel l’animal se trouve, et qui s’exprime par des comportements violents ou menaçants.

L’agressivité est un état normal et essentiel à la survie d’un animal en milieu naturel. C’est ce qui peut lui permettre de se défendre, d’avoir accès à des ressources, de chasser, de s’accoupler, de se protéger, de protéger un congénère, etc.

L’agressivité n’est ni mal, ni bien pour les animaux. Un chat ne considère pas avoir mal agi après avoir griffé la main d’une personne qui tentait de le prendre de force. Un chien ne se sent pas coupable après avoir grogné face à quelqu’un qui s’approchait de l’os qu’il grugeait.

La notion de bien et de mal n’existe pas chez les animaux, et nous ne pouvons pas leur faire comprendre que c’est mal d’avoir des comportements agressifs. Par contre, nous pouvons comprendre les raisons de ces comportements, et ainsi mieux intervenir pour les éviter.

Non! Hey j'ai dit NON!

À tous les jours, que ce soit en boutique pour animaux, au parc à chien, en clinique vétérinaire… on entend encore des tuteurs qui disent “Non!” d’un ton ferme et autoritaire à leurs animaux, en croyant que ce dernier va comprendre que ce qu’il fait est mal, et qu’il doit respecter l’autorité.

La meilleure façon de rendre un animal agressif est de le confronter, et tenter de réprimander son comportement agressif.

Lorsque des adoptants potentiels pour le refuge dans lequel je travaille postulent, ils doivent remplir un formulaire de demande d’adoption très complet pour l’adoption d’un chat ou d’un chien. Dans ce formulaire, des mises en situations sont présentées, en demandant comment la personne devrait intervenir dans certains types de situations. Le chien tire en laisse, le chat monte sur le comptoir, le chien grogne, le chat mord, comment intervenez vous? Plus de 70% des réponses:

“Je lui dit “non!” d’un ton autoritaire pour qu’il comprenne que c’est mal.”
— Adoptants potentiels refusés

Plus de 70% de ces milliers de demandes reçues pour un seul refuge démontrent que la population est à risque, involontairement, de rendre leur animal agressif.

Sachant que l’agressivité n’est pas un mauvais comportement en soit, on ne peut pas tenter de faire comprendre à un animal que c’est mal de grogner ou de feuler, ni même de mordre. Réprimander un comportement agressif ne fera que rendre l’animal de moins en moins bien. Cela peut temporairement inhiber les premiers signes d’agressivité, mais lorsque l’animal ne sera plus capable d’endurer le stress, il risque de réagir de façon beaucoup plus agressive qu’il ne l’aurait fait au départ.

Au lieu de dire non, il faut apprendre à dire oui, et rassurer. Comprendre que l’animal puisse se sentir mal, et qu’on peut l’aider à se sentir mieux, est ce qui a de plus important.

Plutôt que de dire non, demandons nous quel est le comportement désiré, sans réprimander et inhiber le comportement indésiré.

Dressé au doigt et à l'œil.

Nous sommes très exigeants envers nos animaux. À la base, avoir un animal est un privilège qui devrait résulter d’une relation harmonieuse et de confiance entre l’humain et son animal. Cette relation peut se bâtir facilement, mais peut être détruite tout aussi rapidement.

Une forte croyance présente de nos jours, consiste à considérer qu’un animal devrait obéir immédiatement, en tout temps, à toutes nos exigences. C’est une grosse pression que cela met à la fois sur les tuteurs, mais surtout sur les animaux. Cela vient avec plusieurs règles, souvent absurdes, que l’animal doit “respecter”, et des contraintes comportementales strictes.

Le chien doit marcher au pied, et à gauche en plus. Le chat ne doit pas monter sur les armoires. Le chien ne doit pas monter dans le lit ou sur le divan. Le chat ne doit pas faire ses griffes où il veut. L’animal n’a pas le droit de grogner ou de mordre. L’animal n’a pas le droit… de choisir…

Il faut savoir qu’il n’y a aucune raison cognitive d’exiger des contraintes à un animal. Un animal auquel on laisse plus de liberté ne se considérera pas supérieur et ne sera pas plus difficile au niveau comportemental. Un animal à qui on exige plusieurs contraintes ne nous considérera pas comme son chef ni avec respect.

Laisser le chien monter dans le lit n’est qu’une question de préférence personnelle, avec ou sans poils dans le lit? Installer un griffoir à l’endroit où le chat a envie de faire ses griffes n’est pas lui donner le contrôle de la maison, cela répond simplement à ses besoins.

Les dresseurs exigent souvent que les tuteurs contraignent énormément leurs chiens, en mentionnant que ce n’est qu’ainsi qu’il sera obéissant. Ils font souvent la démonstration avec leur propre chien qui ne bouge pas d’un poil sauf s'il s’en fait donner l’ordre. C’est une pression énorme qui est mise sur les tuteurs, qui croient que c’est ce qu’ils doivent faire pour avoir un bon chien, mais également pour cet animal qui se fait souvent réprimander parce qu’il n’est pas en mesure de comprendre toutes ces exigences.

De cette pression vient beaucoup de stress, de peur, et l’animal peut se sentir menacé dans beaucoup de contextes. Si l’animal est contraint dans tous ses comportements et qu’il a peur de la réprimande, c’est à ce moment que le potentiel d’agressivité devient très élevé.
Un chien bien éduqué n’est pas un chien inhibé.

Les éducateurs et comportementalistes expliquent pourquoi nous n’avons pas besoin de toutes ces exigences, et expliquent aux tuteurs comment collaborer avec leurs chiens, pour que ces derniers répondent aux demandes rapidement et en étant motivés, mais également, et les laissant libres de vivre dans leur environnement sans crainte d’une réprimande.

Je t’avais prévenu!

L’une des notions les plus importantes en lien avec l’agressivité est de comprendre les limites de l'animal, et reconnaître les signes précurseurs.

On peut généralement voir venir une agression avant qu’elle ne survienne; cependant, l’animal ne nous prévient pas avant une agression; il se sent mal.

Les connaissances sur le comportement animal évoluent continuellement, et avoir une approche scientifique lorsqu’on observe et interprète le comportement animal est essentiel.

Voici une anecdote qui m’est arrivée lorsque j’ai dû amener un golden retriever du refuge chez le vétérinaire pour un problème de sang dans les selles. Ce chien est un vrai amour qui se colle contre tout le monde et qui n’a jamais mordu. Le personnel l’amène dans la salle d’examen et je devais revenir à la fin. À mon retour, la vétérinaire m’apprend avec surprise que Jake avait mordu sévèrement une TSA au moment du touché rectal. Je suis allé voir Jake, qui était muselé et apeuré et je me suis mis à le rassurer en lui offrant des gâteries, ce qui l’a tout de suite rendu joyeux. La vétérinaire m’explique cependant la situation.

“Jake n’a pas prévenu avant de mordre. D’habitude, le chien doit détourner le regard, se lécher les babines, montrer les dents, grogne, et ensuite mordre. Il y a une échelle de gradation que le chien doit respecter avant d’arriver à la morsure. Jake n’a pas respecter l’échelle de gradation et a directement mordu sans prévenir.”
— La vétérinaire

Voilà où la mise à jour des connaissances est primordiale. On entend encore souvent parler des signaux d’apaisement, et de l'échelle de l’agressivité. On considère que le chien nous communique qu’il s'apaise ou qu’il tente d’apaiser, ou qu’il nous communique qu’il va mordre, et ce, en passant par des étapes préétablies. C’est malheureusement tout faux.

Le fait de détourner le regard, se lécher les babines, se recroqueviller, montrer les dents, grogner, sont des indices de stress. Cela nous indique que l’animal ne se sent pas bien, mais il ne produit pas ces comportements dans le but de communiquer avec nous.

Une personne qui fait un exposé oral devant la classe, qui joue avec ses mains, se tourne les cheveux, se gruge les ongles, tremble, pleure, ne fait pas cela pour communiquer avec nous ou pour s'apaiser, ce sont des comportements innées qui se produisent en situation de stress, qui ne sont pas à but de communication consciente de la part de l’animal, ni même de l’humain.

Nous pouvons cependant être attentif à ces comportements, ces “Indices de stress” qui nous indiquent que l’animal ne se sent pas bien, et qu’il faut alors le rassurer, soit en éloignant la source du stress, soit en lui offrant un motivateur qui l’aidera à se sentir mieux.

En ce qui concerne l’échelle de gradation, cela est une vulgarisation des signes (indices) précurseurs d’une agression, mais cela ne doit pas être pris à la lettre. La réaction de l’animal sera en fonction de l’intensité du stress qu’il subit, et en fonction de ses apprentissages.

Dans le cas de Jake, on peut dire que le stress était assez soudain, et élevé, ce qui, dans ce contexte, justifie une réaction agressive rapide et forte. Il aurait été préférable de prévoir une réaction chez le chien, se positionner adéquatement, et le rassurer immédiatement après l’intervention, ou le distraire pendant.

Lorsqu’un animal est en douleur, ou lorsqu’on induit une douleur chez l’animal, sa vitesse de réaction sera beaucoup plus rapide, et lui-même ne passera pas par une gradation de son état émotionnel avant de réagir agressivement. La surprise du désagrément, dans ce cas-ci, un touché rectal certainement douloureux, amène l’animal à réagir par réflexe sans prendre la peine de réfléchir. Cela est pareil chez l’humain qui est surpris et qui peut crier ou frapper sans le vouloir la personne qui lui a fait faire un saut.

Dans certaines situations, l’animal n’est pas nécessairement en douleur, il n’est pas réellement menacé, et peut quand même produire un comportement agressif. Lorsque nous ne sommes pas en mesure d’établir la cause concrète d’une agression, on peut alors la qualifier d'anormale. Les comportements anormaux sont considérés lorsque la séquence d’un comportement n’est pas justifiée selon le contexte. On évalue alors la fréquence, la durée, l’intensité, les postures physiques, et le contexte. Sans le contexte, nous ne pouvons pas déterminer si le comportement est normal ou anormal, c’est le contexte qui nous permet de considérer si le comportement est justifié ou non. En reprenant le cas de Jake, la fréquence a été d’une fois, la durée de moins de six secondes, l’intensité élevée au point de percer la peau et d’aller au sang, il est passé de calme, légèrement tendu, à morsure défensive en une fraction de seconde. Le contexte, toucher rectal douloureux. Malgré l’intensité de la morsure, l’agression est considérée comme normale parce qu’elle est justifiée par le contexte.

L’animal ne prévient pas qu’il va nous attaquer, l’animal réagit face au stress qu’il perçoit, et si nous ne sommes pas attentifs, le risque d’agression risque d’augmenter.

Il faut que ça s'arrête!

Malgré toute la prévention que nous pouvons faire, le risque zéro n’existe pas avec les animaux. Il y a toujours un potentiel d’agression, qui peut être de très léger, à élevé. Je n’ai pas peur d’affirmer que tous les animaux, sans exception, vont vivre des périodes d’agressivité dans leur vie, sans nécessairement mener à une attaque physique par contre.

Mais que faire au moment d’une agression?

Limiter les dégâts...

Lors d’une agression, la priorité est d’assurer la sécurité de l’agressé, des individus autour, et ensuite de l’agresseur. Si possible, se retirer de l’agresseur, s’éloigner, s’isoler, se protéger avec un objet tel un coussin ou une couverte. En dernier recours, réagir par la force, cela risquerait d’augmenter la dangerosité de la situation, et le risque de blessure.

Dès l'instant où l’on est en sécurité, on commence par se calmer, et ensuite, on peut rassurer l’animal qui a agressé. Oui, on veut le rassurer, et non le réprimander. Si on le réprimande, le sentiment de menace que l’animal avait au moment de l’agression ne fera qu’augmenter, et il sera à risque d’agresser à nouveau, ou plus tard plus violemment. Le rassurer aura pour effet de diminuer le risque d’agression dans l’instant, et de permettre de contacter un intervenant en comportement compétent qui pourra évaluer la situation et établir les protocoles adaptés.

L’animal ne comprend pas que d'avoir mordu était mal, peu importe s’il est réprimandé ou non. Une fois que l’agression est passée, le mieux à faire est de prévenir la prochaine en sachant comment bien intervenir.

Comment ne pas rendre un animal agressif?

  • En collaborant avec l’animal et en le respectant.

  • En évitant de réprimander l’animal, et en lui proposant une alternative aux comportements indésirés.

  • En diminuant nos exigences, et en s’assurant que l’animal soit motivé et heureux de nous écouter lorsqu’on lui demande.

  • En comprenant l’état émotionnel de l’animal, et en tentant de le rassurer lorsqu’il se sent mal.

  • En étant attentif aux indices de stress précurseurs à une potentielle agression.

  • En respectant les limites de notre animal.

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